Plus le temps avance et plus j'me dis
que tout est inconstant.
J'oublie. Je m'oublie. Je suis perdue.
Je change, je m'éloigne. Je mets de côté des futilités, autant que des éléments indispensables à ma signification. Je m'explore, en profondeur et je sens mes veines bouillir de révolte et d'incompréhension et de besoins non-satisfaits et d'attentions non-exaucées et d'une envie de tout foutre en l'air une bonne fois pour toute ! J'attends que le temps passe, sans bouger, que les choses éclatent, sans les provoquer... Je ne recherche plus rien mais tout à la fois. Je ne sais pas ce que je souhaite, je ne sais pas qui je suis, je suis dépossédée de mon savoir, je m'enfonce dans ce trou noir. Je me lasse de tout, toujours, tout le temps, inexorablement... Je sens cette habitude devenir. Je n'ai rien, personne à qui me dévouer corps et âme, sans cesse. Alors je m'accroche au peu qu'il me reste. Les frivolités sont devenues sacrées. Et je ne peux m'empêcher d'idéaliser ce qui est en passe de devenir... Ou non. Alors je passe mon temps à vivre ces instants à deux non partagés. Et j'ai mal de voir tous ces idéaux peu à peu s'effondrer. Aucune stabilité, aucun point de repère. J'en ai marre. Marre de tout. Je suis lasse. Et je t'en veux. Je ne suis plus que l'ombre de moi-même. Je m'éclipse derrière ce soleil
bienheureux, dans l'espoir d'une trêve. Les nuages pèsent sur mon cœur, alors que la froide raison s'évapore sur des sentiers à tout jamais perdus.
Je me sens de plus en plus absente à ce monde. Ce besoin de m'évader m'entraine chaque jour, plus fort encore.
Retiens moi. J'ai besoin d'y croire...
Je n'y croyais pas. Et pourtant ... Je me surprends moi même à compter. De un, de deux .. et de trois ! Et j'aime ça, je crois. Malgré le sentiment de gêne parfois occasionné.
Et puis, il y a eu cette rencontre. Sans qu'il le sache, il me redonne espoir. Même si plus le temps avance et plus je pense attendre quelque chose qui n'aura que peu de chance d'advenir. Tant pis ...
Marion était là, à l'entrée. Face à un mec, discutant avec lui.
Il faisait nuit. Je crois. A vrai dire je n'en sais plus trop rien. Quelques lumières étaient là pour nous éclairer légèrement, cependant. Je me suis arrêtée au côté de Marion. Et il m'a regardé. D'une façon plutôt étrange. J'ai mis ça sur le compte de la gêne. Ouais tu sais, celle qu'on ressent lorsqu'on ne sait si l'on doit ou non saluer la personne qui nous fait face. C'est ainsi que je lui ai tendu ma joue, l'incitant à la frôler de la sienne. Court moment dont je regrette le souvenir. Je n'ai rien vu venir. Je n'en avais que faire de ce mec, de ses longs cheveux clairs, de ses yeux si bleus, de son beau visage fin...
Il ne m'a plus regardé après cela, se concentrant uniquement sur Marion. Puis il s'est envolé.
Un demi plus tard, et nous étions sur le point de partir. Fatiguées de cette ambiance festive et du week-end terrible qui avait précédé. Les premiers pas étaient accomplis et sa silhouette s'est dessinée peu à peu dans mon champ de vision. Il revenait du lavoir, après avoir fumé quelques joints sûrement.. Je me rappelle encore de son regard et de son léger sourire en coin lorsque nous nous sommes croisés.
J'ai irrémédiablement craqué.
" Il a un putain de charme ! "
Paroles qui m'auront échappé quelques mètres plus loin alors que j'essayais de penser à autre chose.
Lorsque Marion m'a appris qu'il lui avait parlé de moi, le mardi suivant, un sentiment de joie n'a eu de cesse de me rattraper tout au long de la journée. Par la suite, quelques messages ont été échangés. Une nouvelle rencontre a été programmée. Puis annulée.
Et j'attends.
J'attends de ses nouvelles...
Désespérément.
